Pourquoi je ne veux plus punir mes enfants ? En voilà une bonne question !

Je lance un article polémique mais surtout un appel à la paix dans les familles, dans MA famille...

Elever des enfants, c'est recevoir un enseignement digne d'un maître bouddiste. Nos enfants nous enseignent une nouvelle façon d'être, ils révèlent le meilleur mais aussi le pire en nous. Ils nous mettent en chemin et le chemin est long !

Les sources du malentendu

Derrière les actes et les comportements de nos enfants se trouvent des émotions. Une émotion n'est ni bonne ni mauvaise, elle existe, elle est passagère. Bien sûr, une émotion est un reflet de notre état physiologique et psychologique à un instant donné. A chaque émotion en succède une autre.

Ces émotions, mal-comprises, mal-aimées, attendues, convoitées...

Parfois, les émotions dérangent, surtout celles des enfants. Eux non pas notre filtre, ils sont bruts, ils sont neufs. Les enfants explosent de joie, explosent de colère, sont concentrés, apaisés, animés mais toujours à 100 %. Nous avons oublié nous-même ce que nous étions et avons été éduqués pour réprimer la plupart de ces manifestations bruyantes et génantes.

 La colère est une émotion... De ce point de vue, elle n'est ni bonne, ni mauvaise, mais véhicule une énergie folle, qui peut se traduire soit par des actes agressifs et violents (en majorité), soit par des actes constructifs, de la saine indignation, je dirais (en minorité).

Derrières les actes de colère, derrière un acte violent et agressifs de nos enfants se cachent des états de stress non repérés, non compris, non évacués et très souvent un besoin de pleurer...

"1 D'une manière ou d'une autre, tous les enfants éprouvent le stress, si aimants que soient leurs parents. Une des fonctions importantes des pleurs est de soulager le stress et de remédier à ses effets.

2 Les adultes essaient souvent d'empêcher les enfants de pleurer par pure incompréhension du phénomène qui, de plus, réveille en eux un stress qu'ils nont jamais pu évacuer et un besoin de pleurer qui n' a pas été satisfait. Cette répression des pleurs se transmet d'une génération à l'autre.

3 Pour se conformer à un environnement où les pleurs ne sont pas admis, les enfants acquièrent des comportements rigides pour réfréner leur besoin de pleurer.

4 Suite à cette répression, les enfants développent des problèmes émotionnels et comportementaux, n'exploitent pas leur potentiel au maximum et souffrent par la suite, de maladies liées au stress.

5 Ces conséquences négatives ne sont pas irréversibles, à condition que les adultes découvrent les bienfaits des pleurs, surmontent leurs propres blocages émotionnels et apportent aux enfants la sécurité émotionnelle qui leur permettra de pleurer et de remédier ainsi aux effets du stress."

Aletha Solter - Pleurs et colères des enfants et des bébés.

 

Les sources de stress pour les enfants et les bébés sont très nombreuses et notre rôle de parents visent à les découvrir et les faire disparaître ou tout du moins à les affaiblir au maximum. Nous sommes les adultes, nous sommes leurs garants, leurs références.

Même si nous ne sommes qu'humains, il est de notre devoir de leur apprendre à gérer les émotions liées aux douleurs, difficultés ou frustrations, même si on ne peut pas mettre nos enfants à l'abri de la vie !

Je crois sincèrement que l'être humain nait bon, et on ne peut plus en douter après avoir lu Alice Miller (C'est pour ton bien) ou bien Olivier Maurel (La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines).

Mais voilà, parfois la violence prend le dessus, devant notre incompréhension à comprendre ses besoins, ses émotions, à nous connaître vraiment, à reconnaître nos propres besoins et émotions et à nous écouter.

 

Les punitions, ou une façon usuelle de gérér la colère et l'agressivité (mais pas que).

Il y a tout un tas de raisons "communes" de distribuer des punitions : les maladesses, les mensonges, les actes agressifs, les mauvaises notes, la dissimulation... Je ne vais pas tout citer, vous savez tous de quoi il retourne. Mais de toutes ces raisons, je n'en trouve aucune qui ne justifient une punition.

 

Voici à mon sens pourquoi :

 

Une punition ne fonctionne pas

Chercher à changer le comportement d'un autre ne fonctionne pas. D'ailleurs, les comportements observés qui nous dérangent se répètent alors pourquoi punir encore et toujours pour la même chose. Non, ça ne finira pas par entrer, sauf sous un régime parental tyrannique.

  • Je prends pour exemple une punition (atroce) donnée au frère d'un de mes anciens collègues dans son enfance. Les notes n'étaient pas au beau fixe ce qui a agacé le père de mon collègue. Il a puni son fils en le forçant à rester à genoux plusieurs heures sur une paillasse épineuse. Les notes ont décollées au trimestre d'après. Donc, ça marche ! (a quel prix, et que sera la punition suivante ?). Escalade de violence.

 

  • Je prends pour exemple mon adolescence. Mes notes en première en français n'étaient pas au beau fixe car je ne pouvais supporter la prof. Cette immaturité a irrité mes parents qui m'ont convoqué pour la première fois de ma vie (oui oui !). Voici le discours, ce n'était pas forcément ces mots là, mais l'idée est là. "Tu es intelligente, tu le sais. Tu dois travailler pour toi-même et non pas pour satisfaire ou embeter un prof, ça n'a pas de sens. Si tu continues, toute la liberté acquise grâce à tes efforts pour être responsable et autonome seront perdus"  (à 16 ans, j'avais une chambre chez l'habitant et vivait en quasi-autonomie). Les notes ont décollées au trimestre d'après, donc la mise en responsabilité ça marche !!

Il faut d'abord se changer, se délivrer pour avoir un regard clair, une juste observation, sans jugement de valeur, unique condition pour comprendre la situation. Par comprendre, je veux dire aussi comprendre qu'on ne peut pas toujours appréhender l'origine d'une émotion, d'un acte. Mais on peut au moins comprendre qu'il se joue devant nous quelque chose qui nous dépasse et dépasse souvent notre enfant.

Porter un regard empathique, encore et toujours.

Faire confiance, encore et toujours.

Ne pas avoir peur, encore et toujours.

 

Une punition est un aveu d'échec

Une punition est clairement un aveu d'échec de ne pas tenter de comprendre, de ne pas trouver ce qui se joue, de ne pas trouver d'alternative. C'est surtout  l'échec de la non-violence.

 

Une punition est souvent injuste, humiliante, violente

Vous souvenez-vous enfant de ce que vous ressentiez lorsque vous étiez puni ? Moi oui. J'ai très peu été puni (ça doit se compter sur les doigts d'une main je pense), du coup, je me souviens en particulier d'avoir eu peur de perdre l'amour de ma mère, d'avoir très envie de me faire pardonner, de réparer ma faute (tâche de boue sur la moquette).

Je me souviens de cette tristesse et de ce sentiment d'injustice car je n'avais pas eu le droit de me justifier (même si j'étais en tort). C'était violent c'est bien pour cela que je m'en rappelle (j'avais 7 ou 8 ans) et pourtant d'apparence si anodin, banal...

 

Une punition ne répare pas les torts commis

Mettre au coin, donner une fessée ou que sais-je ne répare pas les torts commis. C'est juste une décharge émotionnelle non gérée de l'adulte et un aveu d'échec de sa part.

Les enfants sont empathiques si on leur laisse le loisir de réparer leurs fautes, une fois l'émotion génératrice de l'agression dépassée.

Concretement les traces de boue de la moquette ne sont pas effacées toutes seules, mais j'y ai mis toutes mes forces, je voulais absolument retrouver l'amour de ma mère.

 

Une punition enferme la famille dans un cercle violent

Celui qui donne une punition est en état de stress, il n'a pas su à ce moment là gérer son émotion (ça ne veut pas dire qu'on n'y arrivera jamais !!).

Celui qui reçoit une punition est en état de stress sur l'instant mais un peu tout le temps aussi. Il apprend de tas de jolies choses : les rapports de force d'où il sort toujours perdant, la dissimulation, le mensonge et que sais-je encore ? Tout ce que l'on veut abrogger n'est-ce pas ?!

 

Alors, pourquoi est-ce que je donne moi-même des punitions ?

Je suis absolument convaincue par ce que je viens d'écrire, mais alors pourquoi est que chez nous les punitions existent ?

J'ai eu envie d'écrire cet article car j'ai trouvé cette phrase d'Adrien terrible : "Je n'ai pas voulu te le dire car je ne voulais pas être puni".

Oui à 4 ans, il a encore l'honneté de reconnaître sa peur de la punition (je ne sais même plus ce qu'il s'est passé), mais c'est bel et bien un début de dissimulation et de perte de confiance envers nous. Et là, j'ai eu peur. En grandissant, c'est cela qu'il va intégrer, et pour moi, pour le coup, ce serait terrible.

Ecrire cet article aura eu au moins pour bénéfice de me faire réfléchir sur l'origine des punitions que nous donnons. J'en suis arrivée à la conclusion que nous ne savons pas gérer les actes agressifs de nos enfants, en particulier d'Adrien, les disputes et parfois les coups donnés entre frères ou avec nous.

Et là, c'est un gros travail pour moi car d'une manière générale, je ne sais pas gérer l'agressivité des autres qui me paralyse. Je vais donc m'atteler de mon côté à apprendre à communiquer de façon non-violente, à gérer cette peur. Je ne sais pas encore comment, mais j'ai trouvé un levier. A moi de bosser. Pour montrer aux membres de ma famille comment on arrive à la médiation autour d'un conflit. Eduquer par l'exemple me semble une bonne voie.

 

Quels outils ?

Je ne veux plus que le mot punition sorte de ma bouche. Mais je ne veux pas non plus que mes enfants se bousculent, se fassent du mal à eux ou aux autres.

Alors comment je fais ?

 

Déterminer les sources de stress et agir

La première chose à faire est de diminuer au maximum les sources de stress qui amènent de fortes émotions aux enfants. Un peu de prévention donc !

Voici une (petite !) liste de facteurs de stress chez les bébés et les enfants (j'étendrais bien aux adultes !) établie par Aletha Solter :

 

Blessures infligées par autrui

  • Mauvais traitements (physiques, psychologiues, sexuels, verbaux)
  • Manque de respect (insultes, mensonges)
  • Autoritarisme (y compris toute punition)
  • Pression pour apprendre, exécuter, se mesurer à autrui
  • Exigences démesurées de la part des adultes
  • Répression ou rejet des expressions douloureuses
  • Amour et attention proportionnées au comportement de l'enfant
  • Racisme, sexisme.

 

Blessures infligées par négligence (besoins non satisfaits)

  • Abandon physique ou affectif
  • Contact physique insuffisant
  • Retard dans la satisfaction ou interprétation erronnée des besoins
  • Impossibilité de former des liens
  • Manque d'attention, d'empathie, de réponse éclairée
  • Manque de stimulation
  • Manque d'autonomie
  • Promesses non tenues
  • Manque d'informations, questions non satisfaites

 

Blessures de nature accidentelles (dues aux circonstances)

  • Traumatisme natal ou prénatal
  • Maladie, blessure, traitement médical
  • Privation définitive des liens (séparation ou décès)
  • Courtes séparations (seon l'âge de l'enfant)
  • Stimulation excessive
  • Frustrations et peurs liées au développement
  • Restrictions inévitables
  • Changements importants (naissances, domicile, école)
  • Stress des parents (angoisse, colère, deuil, travail...)
  • Disputes entre parents, séparation, divorce
  • Alcoolisme ou toxicomanie des parents
  • Famille défaillante
  • Catastrophes naturelles
  • Expositions à la violence réelle ou à travers les médias
  • Autres évènements terrifiants
  • Déceptions ou évènements inattendus
  • Disputes avec la fratrie ou avec d'autres enfants.

Voici quelques pistes à explorer n'est-ce pas !!!

D'ailleurs, Aletha Solter dit bien qu'éduquer correctement un enfant tout en le respectant est quasiment impossible pour les seuls parents.

"Il faut tout un village pour élever un enfant" dit le proverbe.

Et je suis bien d'accord avec elle. Elever des enfants en conscience demande une énergie folle.

 

Reconnaître et verbaliser ses émotions

Plus facile à dire qu'à faire. C'est un long apprentissage. Je vous ferais grâce de la liste très (très) complète des émotions positives et négatives mentionnées dans l'excellent ouvrage de Marhall Rosenberg "Les mots sont des fenêtres ou bien des murs".

 

Dompter sa propre colère

Une punition est souvent donnée lors de moments de colères difficiles à gérer. Un des premiers pas est donc de travailler sur les origines de notre propre colère et comment la gérer afin de ne pas parasiter une écoute active de l'enfant et de ses propres émotions.

"Pour nous aider à gérer correctement la colère, nous pouvons tenir compte de la vérité de l'impermanence et celle de la souffrance. Nous devons d'abord comprendre que même si la colère peut nous consumer dans l'instant présent, ce n'en est pas moins un état provisoire, impermanent. [...]

Alors que faire quand la colère nous prend ? Se réprimander est inutile - se mettre en colère contre nous-mêmes parce ue nous ressentons de la colère e fait que mettre de l'huile sur du feu. Au contraire, nous devons regarder en face notre colère avec détermination, pour rester avec elle jusqu'à ce qu'elle change de forme ou se dissipe. Nous la voyons simplement comme un visiteur de plus sans la laisser nous balloter émotionnellement."

Sarah Napthali - S'occuper de soi et des enfants dans le calme

 

Un acte réparateur pour faire clore un sentiment d'empathie

Si la prévention ne suffit pas (et elle ne suffira pas, vous pouvez en être sûr !), voici une  seconde issue à ces réflexions : à chaque acte nocif,  il faut qu'il y ait réparation, un acte de contrition sincère. Voilà, tout comme je ne punis pas quand mes enfants font une maladresse, je leur apprend à réparer (un coup d'éponge ou de balayette et c'est parti), je souhaite leur apprendre les conséquences réelles de leurs actes et susciter en eux un élan empathique de réparation.

Concrètement, voici  comment j'ai procédé aujourd'hui.

Récit d'une scène ordinaire

Adrien a trouvé un petit bâton sur le chemin de l'école et s'amuse tellement avec qu'il me demande de pouvoir le ramener à la maison. Il joue tant et si bien qu'il finit par se casser. Adrien devient ronchon et agressif.

Sur le ton de l'humour, je lui demande s'il veut venir me faire un calin (pensant naïvement que sa peine était faible, ben oui, ce bâton était vraiment tout petit et quelconque à mes yeux). Il vient d'un pas décidé et me repousse fermement.

Puis s'en va. Je parle très peu et observe. je tente une communication non violente (Je vois que tu es en colère. Quandne le sera plus, tu viendra manger. Et tu me demandra pardon de m'avoir fait mal". Rien à faire. Adrien lance un coussin et s'isole sur le canapé.

J'attends (2 minutes qui me paraissent bien longues). Puis, il vient, avec une édmarche tendre pour me demander pardon.

Je lui dit que c'est bien mais pas suffisant car son acte a blessé mon corps mais aussi mon coeur. Je lui demande de m'offrir un dessin qui représente tout l'amour qu'il a pour moi et aussi sa colère qu'il a ressenti pour son bâton cassé. Ce sera son acte réparateur.

 

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Il dessine donc un bonhomme (lui), un coeur et un cadeau pour moi. Puis remplie la feuille de petits points.

"Tu vois maman, ce sont mes larmes de tristesse pour le bâton."

La colère était donc une manifestation de tristesse...

 

Je m'empare de cet outil pour lui dessiner ce que moi j'ai ressenti :

Les points sont des larmes

Les traits rouges indiquent l'intensité de la douleur

Les boucles jaunes sont l'expression de ma joie quand il m'a offert son dessin, son acte de réparation.

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De l'amour inconditionnel, encore et toujours

Je pense que c'est notre meilleur allié. Nous rappelez qu'il ya peu, ils étaient dans mon ventre, innocents, beaux. Qu'ils sont nos plus beaux cadeaux sur cette terre.

 

Voilà, mes outils semblent bien maigres et imparfaits mais ils ont le mérite d'exister. Je commence juste cet engagement qui doit être tenu dans la durée et je parie qu'il va y avoir des discussions animées chez nous ! Merci à Maman bienveillante dont le challenge me booste. Un mois pour ancrer une nouvelle habitude ? ça vaut le coup d'essayer !

 

Et vous, avez-vous réussi à faire vivre votre famille sans punition ?

Vos témoignages sont les bienvenus.