Ce post à dédié à l'Ecoline qui décidémment m'inspire beaucoup !  

 

Reggio Emilia ...

Cela vous dit quelque chose ? Vaguement ? Sûrement ? Encore un pédagogi-truc venant d'une autre galaxie ?!!

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Si je vous parle de Reggio Emilia aujourd'hui, c'est aussi pour partager mes réflexions autour de mon mémoire de recherche "L'environnement  : Le 3ème professeur", axe fort de la pédagogie reggiane.

La première fois que j'ai lu autour de ce thème, l'environnement d'apprentissage, j'ai tout de suite accroché. Disons que l'aménagement de l'espace, la relation que nous portons à notre environnement bâti et naturel, est un langage qui me parle, m'intrigue et m'interroge...

 

"En parlant de Reggio, S. New souligne l'importance de l'exploration active des espaces physiques par les enfants : appelé le troisième enseignant. L'espace scolaire se trouve au centre d'une relation quasi-symbiotique entre l'architecture et la philosophie pédagogique du courant, qui vise à transformer l'école elle-même en un immense atelier. Loin d'être un simple environnement, passif et neutre, l'espace devient éducateur et objet éducatif."

Revue Internationale d'éducation Sèvres n°64, décembre 2013, Maurice Mazalto.

 

En aparté, si vous souhaitez participer à ma réflexion à ce sujet (architecture scolaire + environnement d'apprentissage), vous pouvez télécharger le questionnaire "Questionnairederecherche"  et me le renvoyer sur ma boîte mail cchif@yahoo.fr.

Un GRAND MERCI à tous ceux et celles qui souhaitent y participer !

 

Une chose est sûre, quand on entend Reggio, ce sont des images qui apparaissent : des miroirs, des tables lumineuses, du matériel en vrac... Et tout plein de belles activités à partager avec ses enfants... Il suffit de taper Reggio sur pinterest et vous verrez de quoi je parle !

 

Oui, bien sûr, Reggio, ce sont des « loose part » : du matériel ouvert et inspirant,  des invitations à interagir...

des jeux, des miroirs, des blocs en bois, du sable, de l'eau, des objets en métal, des jeux de construction, de l'argile, des figurines, des feuilles, de la nature, du matériel d'art plastique de haute qualité, des rubans, de la lavande, des feuilles, du carton, des livres...

 

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C'est beau, c'est visuel, c'est attrayant et c'est tant mieux.

C'est un rapport particulier au savoir et à la connaissance, un autre regard sur les intelligences humaines et les multiples intéractions.

En écrivant cette phrase, je pense à des exemples concrets, que l'on peut retrouver par exemple le livre "Reggio-Inspired Mathematics"

 

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ou sur de superbes blogs : Où es-tu Coquelipop ?, An Everyday story (il y en a beaucoup d'autres !).

 

Mais ce n'est qu'une manière d'aborder cette fabuleuse pédagogie. C'est réduire l'esprit reggian à l'échelle de l'atome. Il est important de garder en tête que le monde qui nous entoure varie de l'échelle  microscopique (sentons-nous, voyons nos cellules se diviser?) à macroscopique (sentons-nous le mouvement des cellules de convection du manteau terrestre ?). Des évènements capitaux se passent sans que nous en ayons conscience.

Il serait vain  de comprendre le monde qui nous entoure sans avoir en tête ce paradoxe où finalement tout est lié : il est possible de retracer l'histoire d'une chaîne de montagne, remonter à des millions d'années, tout cela en l'observant simplement au miscroscope, Tout y est inscrit !

Et comme un organisme vivant, chaque cellule est nécessaire mais ne peut vivre qu'en symbiose pour construire un ensemble cohérent.

 

J'ai bien conscience que de ma fenêtre, les "loose parts", sont les premières façons d'entrer dans Reggio, car je ne vis pas à Reggio Emilia. Mais je n'oublie pas que Reggio est avant tout une utopie pédagogique, une « Citta Educativa », et cela, je commence tout juste à le percevoir.

 

Reggio, c'est donc une ville bâtie sur une utopie pédagogique, ce que rappelle le titre de la thèse d'Emilie DUBOIS «  La pédagogie à Reggio Emilia, cité d'or de Loris Malaguzzi ».  Une ville entière qui se coordonne autour d'un projet éducatif qui est fondé sur trois principes :

 

Premier principe reggian : La démocratique 

écoute + dialogue (entre enfants, entre adultes et enfants) + participation/investissement citoyen...

 

Ce point, que je prenais à la légère, est vraiment essentiel,.

Je le prenais à la légère il y a quelque temps car je n'étais pas entrée dans le système éducatif, je ne me rendais pas compte à quel point il est difficile de faire bouger les lignes de l'intérieur... Ou alors de manière clandestine, et encore ! L'engagement démocratique est exigeant et nécessite beaucoup de coopération et de communication.

 

Dans nos écoles françaises, les portes se referment de crainte du monde extérieur. Il faut montrer patte blanche, aujourd'hui pour des raisons de sécurité certes, mais aussi par crainte...

Bonne question : de quelles peurs parlons-nous ? Je n'évoquerais pas les peurs terroristes, trop présentes encore même au sein de mon établissement.

 

Je parle de tous ces intervenants qui doivent être diplômés pour proposer des activités artistiques ou sportives. Je parle égaleent du rapport à la hiérachie ? Pourquoi les inspecteurs surveillent-ils l'application du programme à la lettre, alors qu'en Suède, il n'y a pas d'inspecteur ? Pourquoi avons-nous peur des parents dans les écoles ? Sont-ils donc tous des brutes ? Mais dans ce cas, les enfants sont tous en danger !!!

 

Tout cela se résume en un mot : la confiance. La confiance en nous, la confiance en l'enfant, la confiance en chacun.

 

Deuxième principe reggian : l'image de l'enfant, considéré comme une créature FORTE.

 

Des enfants :

savants,

citoyens à part entière (et non pas en devenir), acteurs du présent,

constructeurs de leurs propres apprentissages,

riches en potentialité,

en quête de sens,

et ayant le droit d'exiger des réponses.

créatifs et inventifs

Trouve un concenssus sur l'image est important car il permet de fédérer et de créer finalement ce réseau autour d'idées fortes.

Mais cela devient formidable de reconnaître une certaine universalité de l'enfant tout en respectant son potentiel unique. C'est aussi cela Reggio !

 

Troisième principe reggian : les 100 langages de l'enfant

 

Il y a bien sûr le fabuleux poème de Loris Malaguzzi pour expliquer ce que signifie ces 100 langages. Pour ainsi dire, il y en a bien plus, car chacun de nous en utilise plusieurs, qui varient au cours de notre vie, Il y a tant et si peu ont la place ou même le droit de s'exprimer,

 

Ce principe qui paraît poétique, un peu rêveur, étrange repose tout simplement sur l'idée d'égalité entre les chemins pour accéder au savoir et à la connaissance, égalité entre les domaines étudiés.

 

« Tous ces langages doivent être exploités, tous sont de même importance […]. Sortir du lire, compter, écrire. ». Emilie Dubois, page 31.

 

LES CENT LANGAGES DE L’ENFANT

L’enfant est constitué d’une centaine. L’enfant dispose d’une centaine de langues, de cent mains, d’une centaine de pensées, d’une centaine de façons de penser, de jouer et de parler.

Ttoujours à cent pour cent façons d’écouter, de s’émerveiller à l’amour, cent joies pour le chant et la compréhension, une centaine de mondes à découvrir, une centaine de mondes à inventer ,une centaine de mondes à rêver.

L’enfant a une centaine de langues (Et une centaine de centaines de centaines d’autres) mais ils lui volent quatre vingt dix neuf.

L’école et la culture, à séparer la tête du corps.

Ils lui disent: de penser sans les mains, de faire sans tête, d’écouter et de ne pas parler, à comprendre sans joie, à aimer et à admirer seulement à Pâques et à Noël.

Ils lui disent: pour découvrir le monde déjà là et pour cent ils volent quatre vingt dix neuf.

Ils lui disent: que le travail et le jeu, la réalité et l’imaginaire, la science et l’imagination, le ciel et la terre, la raison et le rêve, sont des choses qui ne vont pas ensemble.

Et c’est ainsi qu’ils disent que la centaine n’est pas là.

L’enfant dit: "Rien à faire; Le cent est là."

 

Ainsi, ces trois principes sont reconduits à toutes les échelles en passant :

 

de la ville, organisée en réseaux d'écoles et de structures petites enfance (souvenez-vous du principe de dialogue et d'écoute!). La pedagogista a pour fonction de coordonner les différents acteurs de la pédagogie reggiane et les connexions entre les écoles elles-même.

 « Aucun autre effort communal n'est allé aussi loin dans sa portée et sa réussite, y compris en ce qui concerne l'intégration de la conception architecturale […] mais également pour renforcer le tissu social de la communauté toute entière. » Rebecca S. New, Revue internationale pédagogique de Sèvres, n°64.

 

de l'école et de son architecture particulière

 

« A Reggio Emilia, l'espace physique est même devenu un langage. Il s'agit du langage de l'environnement spatial. […] C'est un langage qui se veut culturel. Il est nécessaire d'organiser l'espace pour permettre aux enfants d'exprimer toutes leurs potentialités. […] Cet espace doit aussi avoir une fonction éducative, comme tout ce qui se trouve dans ces écoles. Les murs par exemple, doivent parler, informer, communiquer, ».

 

« Ces écoles doivent être des lieux où il est facile de circuler, de se déplacer d'une pièce à une autre, La communication, le dialogue, ne doivent pas être rompus par des murs épais, sans vie. Les adultes doivent pouvoir échanger, à tout moment. C'est pourquoi on y trouve très peu de portes ou de larges murs vierges. A la place sont installées de grandes vitres entre les salles de classe : les enfants peuvent voir les enfants des autres classes ou des autres groupes. Des dispositifs d'écoute, composés de tuyaux et d'entonnoirs aux extrémités, fabriqués par les enfants, leurs permettent même de communiquer à travers la vitre. Les écoles doivent être transparentes pour rendre le travail effectué le plus visible possible, et pour ne pas les isoler de la ville. »

 

Loris Malaguzzi touche du doigt cette notion si fugace, si intime, de l'ordre du ressenti qu'est « l'effet établissement » développé notamment par Maurice Mazalto ou bien Rebecca S, New, notamment au sujet des établissements reggians.

 

Ce que j'aime particulièrement dans l'architecture reggiane, c'est l'idée de l'atelier avec une artiste qui y est affiliée. L'art comme langage. Et aussi, le rapport particulier à la nature. Ouvrons les portes !!!

 

Il y a bien sûr de quelques autres exemples d'architectures très réussies, au service d'une idée pédagogique particulière, où l'environnement d'apprentissage. je pense notamment à cette école maternelle de Tokyo extra-ordinaire, construite en anneau, où les arbres sortent du toit, sans cloison fixe.

Les enfants y sont libres de leur temps et de leur espace. Voyez plutôt !!

 

 

de la classe, atelier, ou autre espace plus restreint....

A ce sujet, je vous renverrais à un de mes articles écrit sur l'aménagement de l'espace dans mon école idéale, déjà illustré !

 


Quant à ceux et celles qui s'interrogeraient, sur ma légitimité à écrire un article sur ce sujet, je voudrais souligner :

 

Oui, j'ai beaucoup lu à ce sujet,

 

Oui, j'ai tenté quelques explorations, surtout auprès de mes enfants,

 

Oui, je suis en recherche,

 

Non, je n'ai pas été à Reggio Emilia,

 

Oui, je suis passionnée de pédagogies alternatives,

 

Non, je n'ai pas de diplômes à ce sujet

 

(enfin pas encore, peut-être un master 2 en sciences de l'éducation, mais il n'aura que la valeur que l'on voudra bien y attribuer)  

 

Non, je ne veux pas m'arrêter de m'interroger ! 

 Bon weekend à vous !