"Si l'on m'apprenait que la fin du monde est pour demain,

je planterai tout de même un pommier."

Martin Luther King

 

S'il y a bien un endroit au monde où nous aimons nous rendre tous les 5, c'est dans la nature. Il n'y a pas à redire, elle est capable de chasser la morosité, nous ressourcer, nous émerveiller ! Je dis souvent que j'ai "des enfants des bois" tant ils se sentent à l'aise, entrent dans le jeu, explorent et interagissent tous que ce soit entre eux, avec les éléments naturels vivants ou non vivants ! 

Déjà petite, j'étais fascinée par la forêt et pourtant mes parents ne m'y emmenaient pas (ou pas souvent). Mais ils m'avaient offert une mini-encyclopédie avec une magnifique photographie de forêt automnale qui m'a fait rêver des heures durant. Aujourd'hui, je peux m'y rendre aussi souvent que je le souhaite et c'est un vrai régal pour tous !

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Notre petite mascotte de l'automne, très utile pour jouer à "cache-cache hibou" !!

Je voudrais partager avec vous un extrait de mon mémoire de recherche qui avait pour sujet : "L'environnement peut-il être un professeur ?", sur les interactions homme-environnement-apprentissages.

J'y évoque notamment les interactions de l'homme avec le milieu naturel...

L'état de bien-être

L'état de bien-être se ressent grâce à la régulation hormonale et à la sécrétion de la sérotonine et de la dopamine (hormones de la sérénité et du plaisir). L'état de bien-être n'est pas forcément une réponse d'adaptation au milieu mais aussi une réponse à une action.

 

Pourtant, l'environnement naturel ou façonné par l'homme (bâtiments par exemple) agissent sur nous et peuvent nous procurer un état de bien-être, ce qui est nettement visible dans la nature (que ce soit sauvage) ou bien même des espaces urbains végétalisés, et un peu moins à partir des environnements façonnés par l'homme car les facteurs sont plus de l'ordre psychologique que physiologique.

  

Ces résultats sont corroborés par une étude allemande (Dicks Ute et Neumeyer Erik – 2010) traitant des conséquences de la randonnées sur la santé.

  • Santé physique : effets positifs sur le muscle cardiaque, la circulation, la neurophysiologie, les phénomènes de surpoids, la solidité des os, les articulations (souplesse et solidité), les tendons, le système immunitaire, le diabète, le volume respiratoire et l'oxygénation, le ralentissement du vieillissement corporel avec diminution du risque de chutes et de la dépendance.

  • Santé psychique : augmentation de la sérotonine et de la dopamine (hormones de la sérénité et du plaisir), diminution du stress, augmentation de la résistance à celui-ci, réduction du cortisol. Pour les dépressions faibles et moyennes, les effets sont comparables à ceux des traitements médicamenteux ou par psychothérapie.

  • Santé cognitive : ralentissement de la dégénérescence du tissu nerveux due à l'âge, augmentation (chez tous) de l'irrigation du cerveau, du taux de ramification (synapses) et de renouvellement des cellules nerveuses.

 

En conclusion, les impacts de notre environnement sont de deux types (stress ou bien-être) et qu'ils varient en fonction de la nature de l'environnement (environnement végétalisé, urbanisé). Le principal effet de l'environnement est donc de développer notre compétence environnementale, en fonction des variations ou des changements de ce dernier.

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Mais approfondissons un peu le sujet...

 

Ici, la définition des environnements naturels ne sera pas celle d'une nature primaire, non touchée par l'homme. Il s'agit ici d'environnements présentant des espaces de vie végétale et/ou animale façonnés ou non par l'homme.

 

L'impact psychologique fondamental du végétal sur la santé humaine, par un contact tant tactile que visuel, relèverait d'un processus psychologique primaire de "récupération au stress", hérité de notre histoire d'Homo sapiens sapiens (Orians, 1986 ; Kaplan et Kaplan, 1989 ; Ulrich, 1983.

 

Cette théorie évolutionniste soutient que près de 2 millions d'années de développement dans des milieux naturels, ont laissé des empreintes biologiques et génétiques dans l'espèce humaine pour répondre positivement à certains éléments naturels (par exemple, la végétation, l'eau..). Ainsi, le contact visuel de plantes serait synonyme de sécurité alimentaire.

 

Boris Cyrulnik (De chair et d'âme, Odile Jacob, 2006) reprend les travaux les plus récents de l'éthologie, de la neurobiologie et de la psychologie et établit deux enveloppes sensorielles nécessaires au développement de l'enfant, l'équilibre psychique et le plein épanouissement de l'adulte :

 

  • une enveloppe sensorielle biologique : composée pour l'enfant de voix (ton, mélodie, sérénité), d'odeur, de manière de manipuler, de brillance des yeux, de sourire sur les lèvres.

  •  une enveloppe sensorielle historique : à chaque stade du développement de l'enfant, il faut que « le cerveau établisse des transactions avec les enveloppes sensorielles, verbales et culturels.

 

 

 

Louis Espinassou construit le concept d’une troisième enveloppe : l'enveloppe sensorimotrice environnementale, qui serait l'ensemble des êtres vivants, objets ou éléments, naturels ou artificiels, accessibles à notre corps physique et à nos sens. Elle comprend la nature, les ouvrages et les objets créés par l'homme.

 

 

 

La nécessité d’interagir va donc au-delà de la simple éducation et de l'émancipation, concepts anthropiques et/ou philosophiques, mais est aussi une question biologique de développement comme le montre l'étude commentée par Cyrulnik sur les ouistitis, où « les petits singes de même espèce, élevés dans des milieux appauvris, ont des dentrites moins longues et des protéines synaptiques moins abondantes, expliquant l'atrophie de certaines zones cérébrales et la lenteur des acquisitions cognitives ».

 

Les recherches en neurosciences et sciences cognitives font désormais éclater nos anciennes visions du fonctionnement humain à savoir :

 

 

  • le cerveau était une boîte noire commandant du reste du corps et recevant par les sens une photographie objective du corps et du monde,

  • le cerveau était compartimenté en aires autonomes.

 

 

Les chercheurs démontrent aujourd'hui le rôle des neurone miroirs dans le développement cognitif qui  « se vit et s'actualise en permanence avec et en fonction même de notre corps, et de notre corps en relation active, sensorielle et motrice en interaction physique avec le monde. »

 

 

 

Ces neurones ont la particularité de répondre à des stimuli sensoriels (visuels, auditifs, somato-sensoriels) mais aussi à l'exécution d'actes moteurs.

 

 

 

 L'être humain apprend mieux avec son corps, c'est ce qui s'appelle la cognition incarnée.

 

 « Notre vision du monde n'est pas une simple copie de notre environnement, copie que nous aurions stocké en mémoire. C'est une construction en perpétuel changement, liée à l'histoire de nos actions, réactions, interactions avec l'environnement. …  Les travaux en sciences cognitives actuels confirment cette vision. Ils montrent que les apprentissages sont plus efficients quand l'apprenant est actif : quand il ne se contente pas d'écouter. […] Nos connaissances sont non seulement empreintes de sensorialité et de motricité, mais elles sont aussi constituées par nos interactions physiques avec notre environnement. » Denis Brouillet.

 

 

 

Une étude comparative menée en Allemagne sur le développement et le comportement social d'enfants scolarisés dans des écoles traditionnelles et des enfants scolarisés dans des écoles de plein air indiquent à égalité de scolarisation que les seconds ont plus développé les compétences psychomotrices, la sociabilité, la créativité, les compétences cognitives et le goût pour l'école. (Wauquiez S. Les enfants des bois Books On Demand, 2008).

 

 

 

En conclusion, il s'avère que les impacts des milieux naturels sont très importants pour l'homme, ne serait-ce que parce qu'ils sont le berceau de l'humanité, et qu'ils semblent être une condition sine-quad none pour son développement physique, psychique et cognitif.

 

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« Prendre l'architecture au sérieux exige de nous des efforts singuliers. […]

Cela implique d'admettre que nous sommes fâcheusement vulnérables

à la couleur de notre papier peint et que notre détermination

peut être mise à mal par un affreux couvre-lit. »

A. de Botton

Quant est-il des environnements façonnés par l'homme ?

C'est vrai que nous aimons sortir et nous évader dans la nature, mais que c'est agréable de retrouver notre chez-nous. Cet environnement si familier, empreint de tant de souvenirs, de tant de moments passés ensemble. L'aménagement d'une maison, du confort qu'elle procure est une source de bien-être mais être tout l'inverse, véhiculer du stress rien qu'avec une pile de linge qui trône en plein milieu du salon, ou bien une montagne de jouets. Les impacts de ces envahisseurs n'est pas à négliger, bien au contraire !

  

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Liens psychosociaux Homme/Habitat

Le bâtiment peut véhiculer des stresseurs environnementaux, et cela d'autant plus dans le cas où il n'est pas possible de s'investir dans l'appropriation de son habitat (faible niveau de développement de la compétence environnementale = peu de conscience de l'influence du bâtiment ou bien impossibilité de modifier ce qui a été initié par le concepteur initial).

 

Les stresseurs peuvent être de l'ordre physiques (bruit-densité-chaleur, etc.) mais aussi de l'ordre psychologique comme nous le rappelle avec humour Alain de Botton (citation ci-dessus). Ces stresseurs influent sur notre comportement comme nous l'avions déjà évoqué auparavant.

 De plus, chaque personne a sa manière de réagir vis-à-vis d'un même espace, car nos perceptions sont soumises à deux processus qui consistent à sélectionner une information mais aussi à la déformer en fonction de ce que nous croyons. « On perçoit comme on croit » (Fischer & al. 1999).

 

C'est pour cela que certains peuvent vivre dans un environnent foisonnant, riche et débordant et d'autres le percevront au mieux comme un manque d'esthétisme, au pire comme un immense stress « Espace, lumière, ordre, voilà ce dont l'homme a besoin pour vivre, autant que de nourriture ou d'un lit » Le Corbusier.

 

 

La valeur de l'esthétisme

 

 

 

 Il n'y a rien de plus subjectif que la notion d'esthétisme qui varie fortement dans le temps ou dans l'espace. Pourtant, la question de la beauté a longtemps été au cœur des préoccupations des architectes qui cherchaient à savoir quels étaient les canons de beauté universels.

 

L'esthétisme d'un bâtiment (ou son absence) nous touche et provoque des sensations voire même des émotions dont la signification et l'intensité varient en fonction de chacun mais aussi des cultures et des époques.

 

 La recherche d'esthétisme est parfois au cœur des préoccupations d'architectes scolaires (ou de ses commanditaires qui varient en fonction des époques) mais aussi des pédagogues comme Maria Montessori pour qui l'esthétisme du matériel était importante et relevait de l'éducation à la beauté.

 

 

 

La valeur morale

 

La bâtiment transmet-il une valeur morale ? Tout comme la question de l'esthétisme, la question de la transmission de valeurs morales par le bâti et les objets qui nous entourent peuvent faire parti du projet de l'architecte et/ou de son commanditaire. Toutefois, la capacité de transmission du bâti de valeurs morales est bien subjective. Un bâtiment peut bien sûr provoquer une émotion ou une sensation, mais son domaine d'influence s'arrête à ce stade.

 

 

 

« Nous devrions avoir la bienveillance  de ne pas reprocher aux édifices notre propre incapacité à suivre les conseils qu'ils ne peuvent jamais qu'offrir subtilement. » A. de Botton

 

 

 

De même que les cathédrales peuvent provoquer un élan de foi, elles n'ont pas empêchées les guerres de religion de se produire.

 

 

 

Les valeurs sociétales

 

Le bâti est construit avec des intentions de beauté et/ou de valeurs morales mais aussi dans l'intention de s'intégrer ou de s'affranchir d'un environnement donné. L'exemple du lotissement de Pessac, construit sous la maîtrise d’œuvre de Le Corbusier en 1923 illustre parfaitement l'antagonisme entre les valeurs transmises par le bâti et sa réception par ses occupants.

 

 

 

Les maisons de Pessac, des « boîtes » construites pour les ouvriers de l'usine de Frugès furent des exemples de modernisme, mettant en avant le goût de l'architecte pour l'industrie et la technologie (pans de béton, surfaces unies, ampoules nues). Leurs maisons ressemblant trop à leur lieu de travail, les locataires commencèrent à s'approprier leur espace et à le transformer complètement (volets, toits en pente, papier peint fleuri, etc.).

 

 

 

Ils agirent sur leur environnement pas seulement pour une question d'esthétisme mais aussi une question de gestion du stress dont leur habitat se faisait le porte-parole. Ils ont préféré choisir des styles, des objets dont les qualités revêtaient des notions de manque dans leur vie (confort, individualisme, intimé, etc.).

 

 De quelle manière un bâtiment nous parle-t-il ?

 

 Un bâtiment, un objet, ou même un simple griffonnage (Rudolf Arnheim, Pensée visuelle 1969) nous parle, nous transmet des informations, des sensations voire même des émotions par un processus psychologique de l'analogisme.

 

 

 

L'être humain est capable de comprendre le langage non verbal, que ce soit conscient ou non. Il est donc capable d'associer par analogie des traits humains à des bâtiments, objets ou œuvres d'art.

 

 

 

« Notre aptitude naturelle à détecter des analogies avec des êtres humains dans des formes, textures et couleurs est si développée que nous sommes capables de voir un certain caractère dans la plus humble forme. […]

 

De même si de simples griffonnages sur une feuille de papier peuvent parler éloquemment de nos états psychiques, quand il s'agit de bâtiments entiers, le potentiel expressif augmente exponentiellement. » A. de Botton

 

 

 

En conclusion : les bâtiments, les objets, les traces voire tout élément humain provoque un impact sur nous. Celui-ci est majoritairement du ressort psychologique en fonctionnant par analogie. Cet impact est variable et difficilement mesurable, ce qui complexifie bien sûr son étude.

 

 

Voici comment j'illustrerais quelques instants de bien-être "home, sweet home !"

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